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2009.01.03

Le délire de la crise

Une analogie intéressante dans Le Devoir de philo d'aujourd'hui:

Imaginons une société où l'argent n'existe pas. On pourrait de toute évidence y construire des maisons. Il va aussi de soi que l'on fabriquerait ces maisons pour en profiter, pas pour les laisser à l'abandon. Pourtant aux États-Unis, actuellement, des milliers, voire des millions de personnes sont forcées de quitter leur résidence. Ces habitations sont disponibles, mais personne ne peut en bénéficier. Une telle absurdité devrait nous atterrer. C'est compter sans la magie du fétichisme. Quelles sont en effet nos réactions? Nous déplorons bien sûr que des gens perdent leur maison, mais comme nous ne voyons rien d'anormal dans le fait de ne pas «avoir les moyens» de profiter de ce que l'on a produit, nous considérons que c'est ce qui doit arriver lorsqu'on n'a pas l'argent pour payer, et nous en tirons la leçon qu'il est bien imprudent de vivre au-dessus de ses moyens. Pour ce qui est des banquiers, nous leur servons une morale similaire: on ne prête pas l'argent que l'on n'a pas à des gens qui ne pourront rembourser. Nous délirons ferme en toute inconscience. Nous considérons les maisons, l'argent et l'ensemble des marchandises comme des objets qui circulent sur une scène autonome et souveraine, le marché, de la même manière que les êtres divins peuplent le ciel, et nous nous disons qu'il faut faire preuve de prudence lorsque nous entrons en contact avec eux parce que des gestes trop inconsidérés sont susceptibles de déclencher de violentes tempêtes dont nous pourrions tous être victimes. Les actions impies provoquent la colère des dieux et il en va de même de nos comportements à l'égard du marché... Nous sommes plongés dans un univers de choses que nous enveloppons d'un nuage religieux; nous n'arrivons pas à voir ces choses comme les produits de notre travail collectif, donc comme un monde qu'il nous revient de gérer le plus rationnellement possible, et nous acceptons benoîtement qu'elles nous donnent du martinet.

http://www.ledevoir.com/2009/01/03/225535.html

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