Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

2009.03.17

à lire absolument

http://www.gaiapresse.ca/fr/analyses/index.php?id=94

Sortir l’écologie des mouvements écologiques et environnementaux! De l’écologie à l’écoumène

09 mars 2009

Par Roméo Bouchard
Coordonnateur de la Coalition pour un Québec des Régions

 

On est écologiste ou environnementaliste comme on est féministe, nationaliste, créationniste ou gauchiste! C’est à dire rêveur, marginal, sectaire ou unilatéral. C’est bien sûr le jeu de ceux qui préfèrent distribuer des étiquettes plutôt que remettre en question leur pratique. Mais c’est aussi la faute des militants environnementalistes qui continuent encore trop souvent à dissocier les problèmes écologiques des problèmes économiques, sociaux et démocratiques.


La crise, une opportunité de repositionner l’écologie

La crise financière et économique actuelle nous fournit peut-être l’occasion de rompre cet isolement qui mine la crédibilité du mouvement écologique et l’empêche de contribuer au changement comme il le pourrait et le devrait.

En effet, le système financier et économique qui s’effondre n’est rien d’autre qu’une vaste entreprise de colonisation de la planète par une poignée de multinationales visant à piller ses ressources par-delà les frontières et les peuples pour enrichir le plus rapidement possible une poignée de grands actionnaires anonymes. Comment les riches détruisent la planète, écrit si justement Hervé Kempf. 

Ce système colonial repose sur trois axes complémentaires qui ont tous un lien direct avec l’équilibre des écosystèmes et la gestion de l’écoumène, notre « maison commune », la petite planète Terre.


Trois dogmes destructeurs

Le premier axe, le dogme de la croissance illimitée, implique un pillage sans précédent de l’ensemble des ressources et des peuples de la planète, sans égard pour leur caractère limité, pour répondre aux besoins vitaux de populations de plus en plus nombreuses et évoluées. C’est une économie irresponsable et suicidaire pour la planète et l’espèce humaine.

Le second axe, le dogme de la productivité, s’établit sur la concentration des opérations, une délocalisation systématique de la production et une standardisation non moins systématique de la consommation, sans égard pour le rapport vital et souverain des collectivités à leur territoire. Le cercle infernal de cette économie apatride, qui va de la production au plus bas prix aux dividendes les plus élevés, en passant par la consommation maximale stimulée par une publicité débridée et un crédit illimité, conduit inexorablement au saccage des territoires et de l’identité des peuples.

Le troisième axe, le dogme de la privatisation et du libre marché, s’appuie sur le transfert systématique du pouvoir de l’État et du citoyen aux dirigeants économiques et au marché libre, seuls capables d’assurer la richesse collective, sans égard pour la souveraineté du peuple et son droit absolu de se gouverner et de contrôler son milieu de vie. Le marché et le consommateur se substituent ainsi à la démocratie, au citoyen et au bien commun.


Réformer le système

De Nicolas Sarkozy à Barack Obama, le discours est le même : il faut réformer le système financier et s’attaquer aux causes qui ont provoqué la crise de façon à en éviter la répétition. Hervé Kempf va plus loin : pour sauver la planète, sortez du capitalisme. Les écologistes en profitent pour rappliquer avec leur programme habituel : pour sortir de la crise, investir dans les énergies vertes, les transports en commun, les habitations vertes, la bourse du carbone. Québec solidaire va un peu plus loin : investir dans l’économie sociale.

Comme si la crise n’était qu’un accident de parcours et si la vie allait reprendre son cours normal à plus ou moins court terme. Comme si l’impasse écologique et sociale n’existeront plus si jamais on arrive à rescaper le système financier. Comme si l’écologie ne devait pas être au cœur d’une incontournable redéfinition de l’économie elle-même, de la gestion des territoires et de la restauration de la démocratie.

En fait, c’est toute notre société qu’il faut rebâtir  sur des bases démocratiques, écologiques et sociales.


Éco-logie et  éco-nomie

Économie et écologie, étymologiquement, réfèrent tous deux à la gestion de la « maison commune » (oixos), l’écoumène, la terre habitée, notre habitat commun et unique, cette petite planète bleue qui nous est apparue si fragile et improbable du haut de l’espace. Comment assurer notre survie et notre épanouissement à tous en utilisant ses ressources, sans mettre en danger l’équilibre fragile de ses écosystèmes? En ce sens, économie et écologie ne devraient pas s’opposer mais se fondre. Un développement économique qui va à l’encontre de l’écologie ne peut conduire qu’à une impasse, et une action écologique qui ne passe pas par l’économie est condamnée à demeurer une croisade morale et à rester marginale.

Il faut redéfinir l’économie en fonction des possibilités de notre planète, des équilibres de ses écosystèmes et des besoins vitaux de tous les peuples, ce qui signifie privilégier un nouveau mode de vie et un nouvel ordre politique mondial. Ce nouvel ordre mondial va bien au-delà de ce que les écologistes définissent comme économie verte, et surtout, de ce que les dirigeants économiques et politiques appellent le « développement durable », en prenant bien soin de préciser qu’il s’agit, selon eux,  d’un « équilibre » entre la croissance économique, la paix sociale et la protection de l’environnement, ce qui est une autre façon d’assurer la « durabilité de leurs entreprises et de leurs profits », sans remettre en question le dogme de la croissance illimitée et de la compétition sauvage qu’elle entraîne.  Il s’agit, au contraire, d’assujettir l’efficacité et la « croissance » économique au respect inconditionnel de la capacité de support des écosystèmes et à la satisfaction des besoins essentiel de tous. En d’autres mots, une économie et un développement responsable, responsable de l’écoumène.

L’objectif de la révolution économique qu’exige la crise actuelle va donc bien au-delà d’une révision des règles du marché. En plus de rétablir la juridiction du politique sur l’économie, il faut redéfinir les finalités même de l’économie.

 

Lire la suite...

Les commentaires sont fermés.