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2009.03.23

Le mythe des guerres de l'eau

Excellent article dans le Devoir, j'en fais un petit résumé mais je recommende d'aller le lire:

Le mythe des guerres de l'eau

Frédéric Julien, Doctorant en science politique et membre du Laboratoire d'études et de recherches en sciences sociales sur l'eau (LERSS-eau) à l'Université d'Ottawa

La Journée mondiale de l'eau (hier, 22 mars) était cette année consacrée aux «eaux transfrontalières», soit les sources d'eau douce communes à deux ou plusieurs pays -- le bassin du Saint-Laurent et des Grands Lacs, par exemple. Il s'agit là d'une occasion de revenir sur l'idée reçue voulant que le XXIe siècle voie se multiplier les guerres pour le contrôle de ces eaux partagées.

Le mythe des guerres de l'eau repose sur la crainte de pénuries résultant d'une surexploitation de la ressource. (...)

Il convient à ce point de préciser que la satisfaction des besoins individuels de base (boisson, cuisine et hygiène personnelle) ne représente qu'une petite fraction de l'utilisation que font les sociétés de l'eau. Virtuellement partout où s'est établi l'humain se trouve suffisamment d'eau pour couvrir ses besoins primaires. La soif est donc généralement un problème plus politique que physique. Si l'on appréhende des pénuries en certains endroits, il s'agit essentiellement de craintes liées aux usages agricoles et industriels de l'eau. Ainsi, à l'échelle mondiale, l'agriculture à elle seule serait responsable d'environ trois quarts des prélèvements. Or, comparativement à l'impérieuse soif individuelle, image sur laquelle se fonde le discours des guerres de l'eau, les besoins hydriques «secondaires» d'une société sont largement modulables. Le cas d'Israël en atteste de manière éclatante: cet État pilote une économie riche et diversifiée avec des réserves d'eau douce qui passeraient pour largement insuffisantes au Canada et aux États-Unis, deux pays où les prélèvements hydriques par personne sont parmi les plus élevés au monde et largement supérieurs à la moyenne occidentale.

En supposant l'impossibilité de puiser davantage d'eau dans la nature pour des raisons géopolitiques ou écologiques, et sans même parler de la possibilité de «créer» de l'eau douce par dessalement ou recyclage, une société inquiète eu égard à son approvisionnement peut d'abord mettre en place des politiques visant à améliorer l'efficience de ses usages de la ressource. Les économies d'eau à espérer peuvent être considérables. Deuxièmement, cette même société a l'option d'aller plus loin encore en modifiant l'allocation des ressources hydriques entre ses différents usages en faveur des plus productifs d'entre eux. Le but est ici de créer davantage de valeur économique par volume d'eau utilisé, générant ainsi des revenus mobilisables pour l'importation des denrées dont la production gourmande en eau a dû être diminuée. Un troisième niveau d'adaptation renvoie à une réorganisation plus fondamentale du rapport social à l'eau par la remise en question du bon sens de certaines utilisations de la ressource.

Évidemment, un tel processus est producteur de stress social. Il est clair que tout mouvement de rationnement et de réaffectation des ressources, en faisant des «gagnants» et des «perdants», est porteur de tensions et de conflits. De plus, toutes les sociétés n'ont pas la même capacité d'adaptation. Le sens de la présente réflexion n'est donc pas d'ignorer les graves conflits internes que risquent d'apporter un peu partout dans le monde d'éventuelles réformes en matière de gouvernance de l'eau, les meilleures comme les pires. L'analyse, par ailleurs fortement majoritaire dans la littérature scientifique, est plutôt qu'il est relativement peu probable que les gouvernements qui feront face au stress hydrique attendu dans le futur préféreront la guerre, une entreprise horriblement coûteuse et incertaine, à la conservation et à l'innovation technologique comme mode d'adaptation. L'eau n'est tout simplement pas le nouveau pétrole. Elle n'est pas au coeur du système capitaliste mondial et n'aide en rien à se positionner dans le système international. (...)

En définitive, s'il convient de garder à l'esprit que l'hydro-futurologie s'accommode mal des certitudes en période de changements climatiques, des émeutes de l'eau sont néanmoins bien plus à craindre que de véritables guerres de l'eau. Selon toute vraisemblance, davantage qu'à une crise de l'eau per se, l'humanité fait plutôt face à de graves problèmes de gouvernance: en maints endroits, la demande hydrique croît sans contrôle; en d'autres, on échoue à rendre disponible aux populations une eau pourtant abondante; et un peu partout, on pollue et gaspille l'eau douce de manière éhontée. Ce sont donc ces problèmes concrets et immédiats qui devraient mobiliser nos énergies, et non le ressassement d'improbables scénarios guerriers.

15:03 Publié dans Économie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : eau, économie, guerre | |  Facebook

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