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2009.03.28

"les documentaires de gauche m'énervent"

Matthieu Dugal a écrit un article vraiment le fun à lire sur le site web du Festival de cinéma des amériques: Les documentaires de gauche m'énervent.

Sans s'attaquer à "la gauche", il fait une critique acerbe des méthodes et du ton trop souvent employés dans des documentaires "engagés"... Bien écrit, rigolo, pertinent, avec plusieurs points pas mal intéressants, j'aime bien parce qu'il fait référence à beaucoup de choses qui m'me dérangent moi-même. Quelques extraits, si on veut pas le lire en entier:

Les documentaires de gauche, c'est comme le Match des étoiles (l'émission de Normand Brathwaite, pas la game plate de la LNH): c'est aussi prévisible et aussi formaté pour un public de convertis.

Les docus de gauche m'énervent et me rendent souvent mal à l'aise. Parce que je me dis que lorsqu'on dénonce fort légitimement autant d'injustices on se doit d'être moralement et journalistiquement inattaquable. On se doit d'avoir cette supériorité, cette hauteur de vue par rapport à ceux que l'on dénonce, ne serait-ce que pour ne pas pour faire comme l'industrie pétrolière et son relationniste en chef (qui est accessoirement Premier minstre du Canada) quand ils affirment sans rire que les sables bitumineux sont en quelque sorte l'avenir de l'humanité. Quand Michael Moore parlait du système de santé canadien comme d’un pays de cocagne dans Sicko, j’étais mal à l’aise. Comme souvent lorsque je vois la figure de Che Guevara placardée comme celle d’un Christ de service pour jeune athée boutonneux.

(...)

Mais c’est peu à côté des propos mille fois entendus dans d’autres œuvres. C’est un peu beaucoup du remâché. En fait le meilleur du documentaire de Brouillette réside bel et bien dans les propos de gens à qui la gauche ne s’adresse pas souvent. Les propos de l’économiste d’extrême-droite Jean-Luc Migué et du blogueur libertarien Martin Masse relèvent tellement de la caricature qu’on se pique souvent, et on rit aussi devant autant de grossièretés. En période de débâcle économique, alors que nous sommes témoins de l’incroyable gâchis résultant de la déréglementation qu’ils appellent tant, les écouter parler sans rire de liberté et de rationalité de l’individu dans un monde où l’État n’est plus qu’un sympathique gendarme est extrêmement hilarant.

À voir comment ces Pizarro du libre-marché défendent l’indéfendable, de voir comment la faillite écologique et le gâchis économique ne remet en rien en cause leur pensée tronquée, on se dit qu’il est là, l’avenir de la gauche. Comme chaque déclaration de Benoit XVI vaut plus pour la promotion de l’agnosticisme que n’importe quel traité de Michel Onfray, ce qu’on retient du documentaire de Brouillette (et ce n’était probablement pas un de ses buts) c’est qu’il faut interviewer davantage ces illuminés à la pensée aussi dogmatique que Torquemada.

(...)

Malheureusement, tout ceci est littéralement noyé dans un cours magistral qui va sûrement plaire à quelques étudiants en sociologie, mais qui va faire fuir les masses tellement c’est assommant. Il y a des limites à vouloir faire fuir son public.

J’ai énormément de respect pour les chercheurs en physique des particules qui se parlent par revue savante interposée. Leur game n’est pas nécessairement de se faire comprendre par le téléspectateur de TLMEP. Cependant, quand des journalistes ou des documentaristes dont c’est le travail de rendre intelligible ce savoir n’arrivent pas à traduire cette pensée en langage commun, il y a un problème. Dans le fond, le grand défi de la gauche ne serait-il pas de réussir à comprendre comment fonctionne la société du spectacle plutôt que de tenter d’évangéliser avec un livre écrit en latin ?


http://www.fc3a.com/content/les-documentaires-de-gauche-m’énervent

11:56 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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