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2008.11.08

Souffrez-vous d'écophobie?

Éric Morneau soulevait dans « souffrez-vous d'écolassitude? » de bonnes interrogations sur la « religion » des écolos. L'écolassitude est certes une étiquette intéressante, et elle m'en a inspiré une autre: l'écophobie.

Êtes-vous dégoûté par les bien-pensants de l'écologisme larmoyant ? Scandalisé par les sommes astronomiques d'argent des contribuables gaspillées pour faire plaisir aux écolos? Vous croyez que les gens qui adoptent des comportements “écologiques” sont des extrémistes sectaires aveuglés par la foi ? Des snobs cherchant à vous culpabiliser? Peut-être souffrez-vous d'écophobie!

Des écophobes apparaissent dans l'espace public pour nous prévenir du lavage de cerveaux que la secte environnementaliste inflige dans toutes les sphères de la société. À en lire certains courriers de lecteurs, blogs et éditoriaux, l'écophobie frise parfois la schizophrénie: l'écologisme contrôlerait les gouvernements, les entreprises et, bien entendu, l'opinion publique. Pourtant, en étant attentifs aux comportements “pro-environnementaux”, on constate qu'ils constituent toujours une minorité. Par exemple, bien qu'il est vrai que de plus en plus de gens se servent de sacs d'épicerie ou tasses à café réutilisables au lieu de gaspiller un exemplaire de leur version jetable à chaque utilisation, ils sont loin d'être majoritaires. Autre exemple: à prix comparable, les jeeps, VUS et BMW sont beaucoup plus nombreuses dans nos centre-villes que les voitures hybrides. Mentionnons au passage que l’eau embouteillée est toujours une industrie florissante et que la part de marché du biologique ne dépasse pas le 3%. Dormez tranquilles, le règne totalitaire des écolos est loin d'être à vos portes!

Dans la cosmologie dominante, considérer les répercussions de ses actions sur l'environnement n'est pas une attitude normale et souhaitable, mais un comportement marginal, voire sectaire: qu'est-ce qui peut bien pousser quelqu'un à se compliquer autant la vie, à part une lubie induite par évangélisation? J'ai tenté l'expérience de partager gentiment avec un collègue que je trouvais ça légèrement excessif de vouloir s'acheter un Hummer pour parader au centre-ville, considérant que de plus en plus de cas d'asthme et d'emphysème sont causés par le smog, et qu'on a besoin du pétrole à des fins plus pertinentes. « Je m'en crisse, moi j'en ai pas de problèmes pulmonaires ! ». J'ai dû passer pour un intégriste écologiste moralisateur.

Comprenons que l'environnement fait référence non pas à la nature seule, mais à tout ce qui nous entoure. S'en occuper, c'est protéger notre milieu de vie direct, nos ressources, ce que nous respirons et mangeons, ce qui nous supporte. Il faut le faire non pas par amour de la nature mais par raison, par sens de préservation et pour maintenir notre qualité de vie, parce qu'il y a un problème de durabilité dans notre civilisation.

Les écophobes sont-ils ignorants de cette évidence ou est-ce qu'ils n'en ont réellement rien à foutre? Est-ce que ça ferait une différence qu'on les bombarde de propagande alarmiste ou qu'on leur administre au compte-goutte de l'information diluée? Sont-ils récupérables?

Faire attention à l'environnement est un comportement tout ce qu'il y a de plus normal, mais encore marginalisé. Pourtant, les gens étiquetés « écolos » sont des citoyens ordinaires animés non par les rites absurdes d'une religion, mais par une volonté de faire leur part, et d'en faire davantage, car ils aspirent à un monde meilleur. L'objectif du discours environnemental n'est pas de culpabiliser mais d'informer les gens, en espérant qu'ils tiennent compte de l'information dans leur choix. Peut-être faudrait-il, d'un côté, diminuer le ton alarmiste, et de l'autre, faire preuve d'un peu plus d'ouverture...

 

Publié dans le Soleil, le 8 novembre 2008.

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