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2010.03.16

Le contrôle de l'information des Conservateurs (3)

Articles choc cette semaine dans le Devoir:

Scientifiques muselés - Prentice nie une directive spéciale

Ottawa — À l'Environnement comme partout ailleurs. Le ministre Jim Prentice a laissé entendre hier en Chambre que le protocole qui interdit aux scientifiques de son ministère de répondre directement aux questions des journalistes n'a rien d'unique et représente plutôt la norme dans le gouvernement.

«Environnement Canada a la même politique de relations publiques que tous les autres ministères au gouvernement du Canada», a lancé M. Prentice durant la période de questions. Il a qualifié «d'allégation grotesque» une question du député libéral David McGuinty faisant état d'un rapport interne d'Environnement Canada où l'on déplore que les scientifiques du ministère ne puissent plus s'exprimer librement dans les médias.

Dévoilé dans certains journaux hier, le rapport indique que le gouvernement a implanté un protocole de relations avec les médias très serré pour les scientifiques. Ceux-ci doivent renvoyer tous les appels directs de journalistes au service des communications, et faire rapport de l'appel à leur supérieur et à leur conseiller en communication. S'ils participent à une conférence où des médias sont «susceptibles» d'être présents, les scientifiques doivent aussi aviser le service des communications.

Si on leur permet de parler à un représentant des médias, les scientifiques doivent indiquer à l'avance les réponses détaillées qu'ils fourniront et rédiger un rapport après l'entrevue. Le rapport montre que la politique a l'effet escompté: les médias font de moins en moins appel à ces scientifiques qui n'arrivent pas à répondre aux questions dans les délais de la presse.

Environnement Canada a calculé que la couverture médiatique de la science des changements climatiques a diminué de 80 % depuis l'entrée en vigueur de la directive, en février 2008. Avec les nouvelles règles, quatre de ses scientifiques renommés ont pratiquement disparu des écrans radars des médias. Cités dans 99 articles pour les neuf premiers mois de 2007, ils n'ont plus été demandés que pour 12 articles durant la même période en 2008.

Environnement Canada - Aucun scientifique n'a été muselé, assure Jim Prentice

Le Bloc accuse le Ministère de vouloir diriger la recherche

Guillaume Bourgault-Côté 17 mars 2010

Ottawa — Tout va bien avec les scientifiques d'Environnement Canada (EC), estime le ministre Jim Prentice. Ce dernier dément que quiconque ait été muselé dans son ministère, au moment où le Bloc québécois dénonce le fait que les communications écrites des scientifiques sont elles aussi soumises à un contrôle strict.

Devant le Comité parlementaire de l'environnement, M. Prentice est revenu hier sur la polémique des scientifiques pour réitérer qu'il s'agit là d'un faux débat. «Nous avons des chercheurs qui travaillent à Environnement Canada, nous accordons de la valeur à leur travail et à la recherche scientifique en général, a indiqué le ministre de l'Environnement. Depuis que je suis au ministère, il n'y a pas eu de plaintes [de scientifiques mécontents]. Les chercheurs ne s'estiment pas muselés.»

M. Prentice a répété que la politique de communication qui a cours à EC est la même que partout ailleurs au gouvernement. «Les règles s'appliquent à tous les employés, ce sont les mêmes partout.»

Un rapport interne d'EC dévoilé lundi a fait état de la colère des scientifiques du ministère, contraints par une nouvelle politique de communication adoptée en 2008. Celle-ci interdit notamment aux scientifiques de répondre directement aux appels des journalistes. Ils doivent plutôt renvoyer leurs demandes au service des communications en plus de faire rapport de l'appel à leur supérieur.

S'ils participent à une conférence où des médias sont «susceptibles» d'être présents, les chercheurs doivent aviser le service des communications. Et si celui-ci autorise une entrevue, les scientifiques devront indiquer à l'avance les réponses détaillées qu'ils fourniront. Le rapport montre que la politique a eu pour effet de diminuer considérablement la présence de ces spécialistes dans les médias.

Mais il y a plus, estime le Bloc québécois. En prenant appui sur un autre document — la norme d'EC concernant les publications scientifiques et techniques —, le critique du Bloc en matière d'environnement, Bernard Bigras, s'est demandé hier si le gouvernement ne cherchait pas à imposer aussi un «guide du bon scientifique».

M. Bigras s'est insurgé d'un passage qui précise que tout auteur d'une publication scientifique publiée par EC doit se demander si la publication «est importante et pertinente [en regard des] politiques, priorités et réglementations principales du gouvernement». «C'est une ingérence dans le contenu, estime le député. Le ministère tente de diriger la recherche et le contenu scientifiques.»

Jim Prentice a rétorqué qu'il «faut que les recherches soient intègres, que les résultats soient exacts, que la méthodologie soit fiable. Nous avons publié un guide qui pose des questions opportunes», sans imposer de conclusions, dit-il.

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