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2011.12.03

Intimidation à l'école: symptôme d'une société violente

La tragédie survenue à cause de l'intimidation chez les jeunes n'est que la pointe de l'iceberg de la tragédie beaucoup plus grande dans laquelle est plongée l'humanité. On parle des jeunes un peu comme si ils formaient une société à part, comme si c'était des animaux au zoo qu'il suffisait de surveiller. Or, il font réellement partie de notre société: est-il nécessaire de rappeller que chacun de nous, adultes, avons passé par là? Comme d'innombrables personnes de ma génération, je me suis fait écoeurer à l'école par des abrutis qui se mettent en groupe pour attaquer un individu. Ces "bullies" qui cherchent à se valoriser en descendant les autres, que deviennent-ils? Ils continuent leur petit bonhomme de chemin, certains évoluent et changent éventuellement d'attitude, d'autres non. Adulte, j'ai aussi vécu les insultes en groupe en milieu de travail. Jusqu'alors, je ne croyais pas que cette attitude dégénérée pouvait survivre à l'âge adulte mais il semblerait bien que oui. D'ailleurs, il suffit d'écouter certaines radios "d'opinion" pour constater que profaner des insultes à qui mieux mieux, rabaisser les autres et faire de la démagogie continue d'épater la gallerie. Qu'il s'agissent de baveux du secondaire, de radio poubelle, ou de méchanceté sur les médias sociaux, la violence envers les uns pour valoriser les autres n'a pas d'âge, et elle est encouragée par la complicité silencieuse de ceux qui se laissent divertir, passifs, par ces spectacles.

La violence se manifestant par l'inimidation à l'école n'est que le symptôme d'un mode d'action qui paraît profondément encré dans beaucoup d'invididus. Dans ce monde où le but de la vie est devenu d'accumuler plus de richesses que le voisin, on se fait constamment violence, au nom de la liberté et de son confort personnel. Regardez les mesquineries que se font entre eux nos politiciens, ces dirigeants sensés nous représenter, dans le seul but de gagner le pouvoir. Remarquez comment notre gouvernement répond à la violence par la violence, en voulant durcir les peines, construire plus de prisons et grossir l'armée. On fait violence aux autres peuples de ce monde avec notre système économique injuste qui laisse la moitié des humains dans la misère pendant que l'autre se vautre dans le luxe. On fait violence aux générations futures en dilapidant les ressources limitées, pour du superflu à court terme. On se fait violence à nous-mêmes en adoptant des modes de vies malsains qui nous font mourrir à petit feu, par l'obésité, le diabète, les maladies du coeur et le cancer du poumon. On se fait violence en détruisant le milieu de vie que nous partageons avec 7 milliards d'êtres humains et 6 milliards d'autres espèces d'êtres vivants, à qui nous ne laissons aucune chance. Les uns méprisent la dignité humaine et la vie sur terre. Les autres contemplent dans l'indifférrence totale. Et ceux qui essaient de changer les choses se font taxer de bien-pensants qui veulent contrôler les autres, et s'attirent davantage de mépris.

Voilà la société dans laquelle on vit: une société égoïste, violente, qui ne regarde pas plus loin que le bout de son nez et qui ne veut pas changer. À quoi bon dire à nos enfants de respecter les autres, et les punir quand ils ne le font pas, quand collectivement nous nous comportons comme des inconscients? Les jeunes absorbent les valeurs que portent leurs parents, pas celles qu'on leur dit d'adopter. Monkey see, monkey do! Au lieu de dire aux enfants quoi ne pas faire, pourquoi ne pas leur montrer ce qu'on peut faire? Il est dans le devoir de chacun de prêcher par l'exemple en adoptant une attitude juste et en faisant sa part, dans ses choix de tous les jours et dans son mode de vie. Pour que les jeunes veulent participer à une société meilleure, il faut leur montrer qu'elle est possible, et pour ça, il faut que les adultes commencent à se comporter, eux-mêmes, décemment.

EDIT:

Brillante lettre de Nestor Turcotte dans Le Devoir:

Lettres - L'intimidation généralisée Nestor Turcotte - Matane, le 30 novembre 2011 2 décembre 2011 Actualités en société Le timide souffre d'un manque d'assurance dans ses rapports avec les autres. Le timide est souvent gauche, embarrassé, indécis, incapable de s'imposer. Le timide est souvent victime de manoeuvres, de gestes, de paroles, de pressions, de menaces visant à l'enfermer davantage dans sa coquille. Il n'ose plus; il se referme sur lui-même; il se forge une carapace jusqu'au jour où, démuni, désarmé, brisé psychologiquement, il décide de sortir de sa cage et de chercher dans la mort la solution à son problème. À l'école, certains jeunes prennent souvent un plaisir diabolique à écraser, à détruire, à humilier celui qui est déjà à terre. Ils le piétinent, l'affublent de tous les mots, le provoquent, l'intimident, surtout lors des moments de récréation. Ils utilisent un langage vulgaire, destructeur, démoralisateur, et leur mépris, leur sourire narquois, leurs gestes répétitifs ne font que masquer leur immaturité, leur soif de dominer, d'écraser, de détruire, de faire c... le plus faible, le plus incapable de se défendre. Alors, le timide se glisse entre les groupes, s'isole, arrive à s'esquiver jusqu'au moment où, fatigué, déboussolé, il se fait à nouveau harceler par un autre groupe qui reproduit le même scénario. Il se décourage et ne sait plus trop quelle direction prendre. Le timide est souvent marqué par un tic, une allure hors du commun, des antécédents sociaux et familiaux. Il ne s'intègre pas: tout le monde cherche à le désintégrer. Que faut-il faire? L'éducateur et les parents doivent dépister rapidement l'enfant timide. Les jeunes qui le côtoient doivent savoir que le plus faible dans un groupe n'a que faire de la moquerie, de l'intimidation, de la domination effrénée de la gang. L'éducateur et l'enseignant ont comme mission d'être le berger de l'être affaibli, désarçonné, incapable de se défendre lui-même. Ils ne doivent jamais abdiquer devant leur mission, celle qui doit amener le jeune à s'épanouir et à se forger une personnalité équilibrée. En regardant les nouvelles le soir, à la télé, j'ai l'impression que l'intimidation se pratique à un très haut niveau. Pas étonnant que, dans la cour d'école, certains jeunes transposent avec éclat ce qu'ils aperçoivent dans le monde adulte. Dois-je vous dire que ce type de société me désole, me fait honte et me porte à m'interroger sur notre degré de civilité? *** Nestor Turcotte - Matane, le 30 novembre 2011

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