Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

2009.01.07

La transparence du gouvernement

Accès à l'information
Une modernisation est réclamée

Vingt-cinq ans après son adoption, la Loi sur l'accès à l'information au Canada est devenue une honte, selon le commissaire à l'information Robert Marleau. Les délais de réponses augmentent sans cesse ainsi que le nombre de plaintes, selon celui qui est chargé de faire respecter la loi.

« Certainement, depuis 2006, la période de prolongation s'allonge quasiment tous les mois. [...] Ce qu'on a voulu, c'est contrôler l'information », soutient-il. Selon lui, le bureau du premier ministre demande à voir chacune des requêtes, ce qui alourdit le traitement.

On savait déjà que Harper veut contrôler totalement l'information qui entre et sort au gouvernement, ça vient le confirmer davantage. Voir les articles suivants si vous êtes pas encore convaincus:

Ottawa freine l'accès à l'information
Catherine Handfield, La Presse, 4 septembre 2008
Le Commissaire à l'information du Canada (CIC) conclut, dans un rapport publié le 19 août, que certaines demandes d'information auprès d'institutions fédérales sont assujetties à des «retards injustifiés dans leur traitement».

Ottawa ne veut qu'une seule voix
Hélène Buzzetti, Le Devoir, 1er mai 2008
Tous les documents destinés au public devront être approuvés par le bureau du premier ministre.

Accès à l'information: L'opposition fustige Harper
Radio-Canada et la Presse Canadienne, 5 mai 2008
L'opposition officielle à Ottawa a dénoncé lundi la décision des conservateurs de Stephen Harper de supprimer une base de données qui permettait aux Canadiens de scruter les affaires du gouvernement.

Stephen Harper, ou l'art de cultiver le secret
Alec Castonguay, Le Devoir, 12 juillet 2008
Le premier ministre menace la démocratie en voulant contrôler toute information en provenance des différents ministères de son gouvernement, dit un expert

Droit à l'information: L'accès à l'information gouvernementale semble régresser
Radio-Canada, 29 septembre 2006

Opinion: Liberté de presse et contrôle de l'information: il faut rejeter le modèle Harper!
Le Devoir, 05 janvier 2008

Accès interdit à Ottawa
Gilles Toupin, La Presse, 27 juillet 2008
Le prix d'une bouteille de vin offerte par un ministre à un homologue étranger n'a en fait que peu d'importance. Or, le gouvernement Harper a décidé d'en faire un secret d'État. Il a rejeté la demande de La Presse l'an dernier parce que la divulgation du prix de cette dive bouteille risquait de porter préjudice à la conduite des affaires internationales du pays.

Demande anodine refusée par les conservateurs
Gilles Toupin, La Presse, 23 octobre 2008
(Ottawa) Le Nouveau Parti démocratique s'est vu refuser par le Bureau du Conseil privé le mois dernier, en pleine campagne électorale, une demande anodine d'accès à l'information sur les notes transmises au premier ministre Stephen Harper par ses fonctionnaires sur le déroulement de la campagne présidentielle américaine.

2009.01.03

Le délire de la crise

Une analogie intéressante dans Le Devoir de philo d'aujourd'hui:

Imaginons une société où l'argent n'existe pas. On pourrait de toute évidence y construire des maisons. Il va aussi de soi que l'on fabriquerait ces maisons pour en profiter, pas pour les laisser à l'abandon. Pourtant aux États-Unis, actuellement, des milliers, voire des millions de personnes sont forcées de quitter leur résidence. Ces habitations sont disponibles, mais personne ne peut en bénéficier. Une telle absurdité devrait nous atterrer. C'est compter sans la magie du fétichisme. Quelles sont en effet nos réactions? Nous déplorons bien sûr que des gens perdent leur maison, mais comme nous ne voyons rien d'anormal dans le fait de ne pas «avoir les moyens» de profiter de ce que l'on a produit, nous considérons que c'est ce qui doit arriver lorsqu'on n'a pas l'argent pour payer, et nous en tirons la leçon qu'il est bien imprudent de vivre au-dessus de ses moyens. Pour ce qui est des banquiers, nous leur servons une morale similaire: on ne prête pas l'argent que l'on n'a pas à des gens qui ne pourront rembourser. Nous délirons ferme en toute inconscience. Nous considérons les maisons, l'argent et l'ensemble des marchandises comme des objets qui circulent sur une scène autonome et souveraine, le marché, de la même manière que les êtres divins peuplent le ciel, et nous nous disons qu'il faut faire preuve de prudence lorsque nous entrons en contact avec eux parce que des gestes trop inconsidérés sont susceptibles de déclencher de violentes tempêtes dont nous pourrions tous être victimes. Les actions impies provoquent la colère des dieux et il en va de même de nos comportements à l'égard du marché... Nous sommes plongés dans un univers de choses que nous enveloppons d'un nuage religieux; nous n'arrivons pas à voir ces choses comme les produits de notre travail collectif, donc comme un monde qu'il nous revient de gérer le plus rationnellement possible, et nous acceptons benoîtement qu'elles nous donnent du martinet.

http://www.ledevoir.com/2009/01/03/225535.html

2008.12.16

Le coût social de l'automobile

La production et la consommation génère des coûts privés et des coûts externes. Le coût externe est une conséquence négative assumée par quelqu'un d'autre (voire l'ensemble de la société) découlant de la production ou la consommation d'un bien. La somme des coûts privé et externe est le coût social.

Un coût externe peut être une perte de temps ou d'efficacité, une dégradation de l'environnement et de la santé d'autrui, l'épuisement d'une ressource, l'endommagement d'infrastructures, la perte de biodiversité, une baisse de la valeur de propriétés, etc. Il est souvent difficile d'exprimer un coût externe en argent. Puisque ces coûts externes ne sont pas naturellement inclus dans la détermination des prix du marché, ces prix ne réflètent pas adéquatement les coûts reliés à la production des richesses: le prix du bien est basé sur son coût privé et non pas de son coût social. Les biens sont vendus en deça de leur coût réel, déformant l'équilibre de marché: c'est l'efficacité économique.

C'est pourquoi l'intervention de l'état est nécessaire,pour tenter d'ajuster le prix de biens ou d'activités économiques de sorte qu'elles représentent davantage la réalité de leur bénéfices et coûts.

L'automobile a des coûts énormes, non seulement en ressources pour leur fabrication, mais aussi en énergie pour leur utilisation, en dégradation de la santé publique par leur pollution, en temps public pour la congestion, en espace urbain pour leur entreposage et en dépenses publiques pour l'entretien des rues. Tous ces coûts ne sont pas assumés (subis) par les seuls utilisateurs des automobiles mais par la société au grand complet. Les automobiles mobilisent les rues de nos villes, ou plutôt les immobilisent, au seul bénéfice de leurs conducteurs et au détriment (ralentissement, intoxication) de tous les autres usagers du système de transports: piétons, cyclistes, utilisateurs collectifs. Ces derniers, qui font une utilisation plus efficace de nos voies, réduisent le nombre d'automobiles en circulation, au bénéfice de tous. Et il y en a encore pour se plaindre que leurs taxes contribuent à financer le transport en commun.

Nous devons améliorer et rendre plus efficace notre économie. Nos transports sont innefficaces. Au Québec, nos deux principaux centres urbains, totalisant jusqu'à un bassin de 4 millions de personnes, sont répartis sur une bande de 200km qui abrite d'autres centre urbains important (Trois-Rivière, Shawinigain, Drummondville, etc).
Chaque jour des milliers de passagers voyagent ces distances seuls dans une auto. Le carburant coûte cher, la congestion rend les centre-villes difficilement accessibles, les stationnement coûtent cher, en plus d'être un gaspillage d'espace urbain. Un automobiliste pourrait avoir une surprise intéressante en faisant l'exercice suivant:

1. Compter la distance parcourue
2. Compter la somme totale investie dans l'automobile chaque année (essence, immobilisation/location, entretien). Multiplier ce total par son salaire horaire (h). 
3. Calculer le nombre d'heures consacrées aux déplacements en voiture, incluant le temps de trouver un stationnement, et le déneigement (h).
4. Additionner 1 et 2 pour obtenir le nombre d'heures totales consacrées à l'utilisation de l'automobile.
5. Diviser la distance parcourue par heures consacrées, cous obtenez la vitesse réelle que l'automobile vous procure.
6. Le curieux qui veut aller plus loin pourra s'aventurer à s'imaginer le résultat de ce calcul appliqué aux déplacements en transport collectif et en bicyclette.

Pour compenser les coûts et l'inefficacité de l'automobile, de plus en plus de gens pratiquent le covoiturage, ce qui est plus efficace mais insuffisant. Les autobus interurbains sont souvent pleins entre les grands centres, malgré leur lenteur et leurs tarifs prohibitifs. Je connais une multitude de gens qui font l'aller-retour Québec-Montréal de façon hebdomadaire. Le plupart se donnent le trouble de courir après les passagers et conduire tout le trajet, courir les conducteurs sur les réseaux de covoiturage ou de payer 80$ pour l'autobus qui prend 3 heures. Tout le monde est d'accord qu'il serait vraiment temps qu'on aie un TGV.BikeEnergyEfficiency.gif

Nous avons besoin d'un système de transport efficace: rapide et convivial pour tous, dans lequel nous n'aurons pas à mettre plusieurs milliers de $ par année chacun.

Un TGV reliant Québec, Trois-Rivières et Montréal épargnerait des milliers et des milliers de tonnes déplacements quotidiens de carrosseries vides et inefficaces. Le trajet se fera en une heure, ne coûtera pas une fortune et procurera aux gens du confort et l'occasion de passer leur temps plus utilement qu'à conduire une voiture vide.
Des systèmes d'autobus améliorés devront servir les villes, et Québec a imminement besoin d'un skytrain comme à Vancouver: rapide et efficace. Il pourra soutenir le développement de la grande région métropolitaine de Québec et augmentant grandement l'efficacité de transports, ainsi les banlieusards pourront faire leurs déplacements quotidiens rapidement, et en consacrant leur temps de transport à lire ou à pitonner.

Par la réduction de la présence de la voiture, la qualité de vie de nos villes sera décuplée. Moins de bruit, moins de stress, moins de danger, on pourra se déplacer rapidement sans attendre dans le traffic. Le transport cycliste pourra prendre en ampleur avec des pistes cyclables efficaces logistiquement, pour un gain supplémentaire en santé publique.
Le gouvernement est à la recherche de projets mobilisateurs, pour stimuler l'économie, la rendre plus durable et efficace.
Notre industrie automobile est en train de mourir à ne pas savoir répondre aux besoins de transport de notre société. Nous devons faire la conversion de notre système actuel lourd et gaspilleur pour un système efficace énergétiquement et logistiquement.
Nous devons consacrer notre espace urbain aux choses importantes pour ses habitants: des espaces publics, des logements, des commerces, des parcs. Pas des parkings.

Le chemin est pavé de solutions que nous pouvons entreprendre maintenant. Voilà un exemple de vraie richesse collective que nous pourrions créer en nous donnant les moyens. Engagez les logisticiens, les urbanistes et les économistes, mobilisez l'industrie des transports, qu'il se mettent au travail pour réaliser ce progrès important dans l'aménagement de nos collectivités et la gestion de nos déplacements. Nous devons investir dans une nouvelle économie efficace et durable.

J'ai hâte que nous évoluions au-delà de cette culture du plein-la-vue et d'effort moins-que-minimum, où il faut que nous ayons chacun notre gros char pour ne pas marcher et bien paraître. Que nous cherchions à mettre fin au gaspillage de ressources et au fatalisme de « on fait ça comme ça parce que c'est comme ça que ça marche, ça serait trop compliqué de changer ». Utilisons notre potentiel pour faire mieux.

2008.12.15

Canada, beau gros jardin vert...

Encore récemment j'entendais un conférencier de l'agroalimentaire nous dire qu'à l'étranger, le Canada est vu comme "un beau grand jardin vert". Comment le plus gros pollueur mondial par habitant peut être précédé d'une telle réputation est une aberration qui m'échappe. Faut dire qu'on a des beaux diplomates à l'étranger.

Ed Stelmach est récemment revenu d'Europe, où il est allé faire la promotion des énergies vertes. Par énergie verte, il entend l'exploitation des sables bitumineux. Auto-proclamée world environmental leader, l'Alberta s'est récemment lancée en croisade pour refaire sa réputation. Une croisade de 25 M $, et qui envoie comme émissaire nul autre que leur premier ministre Ed Stelmach. Leur chef d'état est un relationniste pour l'industrie pétrolière. Faut croire qu'à force de creuser le sol, on finit par se retrouver pas mal bas...

« The Alberta government is ramping up its effort, too. This week it was revealed the province will spend $25 million over three years on an advertising and marketing campaign to boost the Alberta "brand."
Stelmach vowed he won't let environmentalists hijack public perception of the province's oil. »

http://www.canada.com/vancouversun/news/story.html?id=a8205b8c-c669-4712-8524-e1aa24cb2163&k=86213
http://www.premier.alberta.ca/news/news-2008-Nov-05-Europe_Mission.cfm

Un autre diplomate canadien pour faire notre fierté: Jim Prentice, nouveau ministre Canadien de l'environnement, qui est allé rassurer le monde sur le leadership du Canada dans la lutte aux GES à la convention annuelle de l'ONU sur les changements climatiques. « The fight against global warming will remain a priority for the Conservative government as it grapples with the global economic crisis, Environment Minister Jim Prentice said yesterday. » Faut noter le choix de mot: will "remain" a priority. La lutte aux changements climatiques demeure aussi prioritaire pour le gouvernement conservateur, voilà qui me rassure.

Les délégués auront beau prétendre ne pas faire d'obstruction, l'attitude du Canada a soulevé l'indignation des diplomates du monde entier à Poznan. Le plus meilleur pays au monde a même réussi à détrôner les USA comme récipiendaire du Prix Fossile #1, discerné par un groupe de surveillance des pourparlers sur le climat.

« Le Canada a notamment bloqué jeudi l'inclusion d'une mention des droits des nations autochtones dans le dossier sur la protection des forêts malgré un important consensus international.»

http://www.thestar.com/News/Canada/article/553266
http://www.ledevoir.com/2008/12/13/223166.html

2008.11.08

Souffrez-vous d'écophobie?

Éric Morneau soulevait dans « souffrez-vous d'écolassitude? » de bonnes interrogations sur la « religion » des écolos. L'écolassitude est certes une étiquette intéressante, et elle m'en a inspiré une autre: l'écophobie.

Êtes-vous dégoûté par les bien-pensants de l'écologisme larmoyant ? Scandalisé par les sommes astronomiques d'argent des contribuables gaspillées pour faire plaisir aux écolos? Vous croyez que les gens qui adoptent des comportements “écologiques” sont des extrémistes sectaires aveuglés par la foi ? Des snobs cherchant à vous culpabiliser? Peut-être souffrez-vous d'écophobie!

Des écophobes apparaissent dans l'espace public pour nous prévenir du lavage de cerveaux que la secte environnementaliste inflige dans toutes les sphères de la société. À en lire certains courriers de lecteurs, blogs et éditoriaux, l'écophobie frise parfois la schizophrénie: l'écologisme contrôlerait les gouvernements, les entreprises et, bien entendu, l'opinion publique. Pourtant, en étant attentifs aux comportements “pro-environnementaux”, on constate qu'ils constituent toujours une minorité. Par exemple, bien qu'il est vrai que de plus en plus de gens se servent de sacs d'épicerie ou tasses à café réutilisables au lieu de gaspiller un exemplaire de leur version jetable à chaque utilisation, ils sont loin d'être majoritaires. Autre exemple: à prix comparable, les jeeps, VUS et BMW sont beaucoup plus nombreuses dans nos centre-villes que les voitures hybrides. Mentionnons au passage que l’eau embouteillée est toujours une industrie florissante et que la part de marché du biologique ne dépasse pas le 3%. Dormez tranquilles, le règne totalitaire des écolos est loin d'être à vos portes!

Dans la cosmologie dominante, considérer les répercussions de ses actions sur l'environnement n'est pas une attitude normale et souhaitable, mais un comportement marginal, voire sectaire: qu'est-ce qui peut bien pousser quelqu'un à se compliquer autant la vie, à part une lubie induite par évangélisation? J'ai tenté l'expérience de partager gentiment avec un collègue que je trouvais ça légèrement excessif de vouloir s'acheter un Hummer pour parader au centre-ville, considérant que de plus en plus de cas d'asthme et d'emphysème sont causés par le smog, et qu'on a besoin du pétrole à des fins plus pertinentes. « Je m'en crisse, moi j'en ai pas de problèmes pulmonaires ! ». J'ai dû passer pour un intégriste écologiste moralisateur.

Comprenons que l'environnement fait référence non pas à la nature seule, mais à tout ce qui nous entoure. S'en occuper, c'est protéger notre milieu de vie direct, nos ressources, ce que nous respirons et mangeons, ce qui nous supporte. Il faut le faire non pas par amour de la nature mais par raison, par sens de préservation et pour maintenir notre qualité de vie, parce qu'il y a un problème de durabilité dans notre civilisation.

Les écophobes sont-ils ignorants de cette évidence ou est-ce qu'ils n'en ont réellement rien à foutre? Est-ce que ça ferait une différence qu'on les bombarde de propagande alarmiste ou qu'on leur administre au compte-goutte de l'information diluée? Sont-ils récupérables?

Faire attention à l'environnement est un comportement tout ce qu'il y a de plus normal, mais encore marginalisé. Pourtant, les gens étiquetés « écolos » sont des citoyens ordinaires animés non par les rites absurdes d'une religion, mais par une volonté de faire leur part, et d'en faire davantage, car ils aspirent à un monde meilleur. L'objectif du discours environnemental n'est pas de culpabiliser mais d'informer les gens, en espérant qu'ils tiennent compte de l'information dans leur choix. Peut-être faudrait-il, d'un côté, diminuer le ton alarmiste, et de l'autre, faire preuve d'un peu plus d'ouverture...

 

Publié dans le Soleil, le 8 novembre 2008.