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2010.06.16

Gestion du traffic à Stockholm

Le fonctionnement du système est expliqué sur le site d'IBM

2010.06.12

Sylvain Bouchard et le scandale du tramway

 

show-poubelle.gifNous avons eu droit à toute performance vendredi matin sur les ondes du 93,3: Sylvain Bouchard s'est fait l'ardent défenseur du pauvre banlieusard victime de la clique d'environnementeurs qui tire les ficelles des autorités publiques. L'animateur estime que le projet de tramway proposé par le groupe de travail sur la mobilité est inutile et injuste. Il s'est habilement appliqué à convaincre son auditoire de se scandaliser de ce qu'il considère une dilapidation de fonds publics pour ultimement enlever la mairie à Régis Labeaume aux prochaines élections. Durant la tribune téléphonique, M.Bouchard prenait l'absence de défenseurs du tramway sur ses lignes comme une preuve que personne n'en voulait. Pourtant, le sondage même sur le site web du 93FM indiquait une majorité de gens en faveur. Je soupçonne que l'attitude méprisante de l'animateur envers les défenseurs du tramway ne favorise pas leur participation à son débat.

Après avoir réussi de peine et de misère obtenir l'onde, et après avoir fait une brève entrée en matière, j'ai été coupé avant de venir au vif du sujet par M.Bouchard qui tenait à nous resservir son sempiternel délire sur « la religion environnementeuse ». J'aimerais donc utiliser cette tribune pour faire valoir mon opinion sur le sujet et répondre à sa rhétorique.

Celle-ci repose principalement sur ce que un tramway serait inutile, puisque les habitants de Québec préfèrent l'auto, et que les problèmes de congestion se règleront tout seul avec le temps puisqu'il y aura une décroissance démographique. Je ne suis pas démographe, mais je soupçonne notre animateur de confondre ralentissement de la croissance avec décroissance. Les boomers vieillissent, mais les régions continuent de se vider au profit des villes, et l'immigration demeure toujours importante. Si l'Institut de la Statistique du Québec estime que le nombre de ménage de la région métropolitaine de recensement Québec pourrait augmenter de 75 600 d'ici les 20 prochaines années, ces chiffres me semblent davantage plausibles que les dires de l'animateur.

M.Bouchard a martelé sans cesse que le tramway est injuste car il fait payer les automobilistes de la banlieue pour payer le transport de « la clique des environnementeurs du centre-ville », qui vivraient dans des coops d'habitation subventionnées avec son argent, iraient voir du théâtre subventionné avec son argent, etc. Il semble considérer qu'il est le seul payeur de taxes et que le centre-ville est peuplé soit d'élite richissime qui se paie des condos à 350 000 $ ou de profiteurs de la gogauche. Pourtant, la réalité est qu'on trouve de nombreux logements relativement abordables au centre-ville, et que les coops d'habitation sont rares. Les locataires paient autant les taxes municipales, car les propriétaires couvrent ce coût avec leurs loyers. De plus, comme l'a mentionné plusieurs fois M.Labeaume, le tramway est prévu pour desservir les banlieues et non assurer un transport interne au centre-ville.

Par ailleurs, le développement du transport en commun permettant d'enlever des voitures de la circulation, il permet une meilleur fluidité routière et une meilleure accessibilité du stationnement, ce qui profite à ceux qui continuent d'utiliser leur véhicule individuellement. Pour ces raisons, il me semble injuste de dire que les automobilistes de la banlieue seraient ceux qui paient, et qu'ils n'en profiteraient pas. Une réalité qui est toujours négligée, c'est que les automobiles génèrent des externalités, des coûts non monétaires pour les autres. La congestion causée principalement par les automobiles bloque aussi les utilisateurs du transport en commun et, dans une moindre mesure, les piétons et les cyclistes. Chaque véhicule est un danger potentiel pour les autres, et les utilisateurs du transport actif en particulier subissent un risque plus élevé alors qu'ils y contribuent que très peu. Les automobiles ont un impact plus grand sur l'espace routier (congestion et stationnements), la sécurité et la qualité de l'air : ils consomment davantage de ce bien public qu'est l'infrastructure de transport, ils m'apparait donc normal que tout le monde participe au financement du transport en commun, qui est une partie essentielle de cette infrastructure profitant à tous.

 

Quant à la pollution de l'air, M. Bouchard a insinué qu'il la considère insignifiante à Québec. Je l'invite, ainsi que tous les autres automobilistes qui sont également de cet avis, à tenter l'expérience se déplacer à vélo aux côtés des files d'automobile, en plein trafic d'heure de pointe. Ils constateront que la qualité de l'air est un réel problème quand on n'est pas assis dans une auto et qu'on déploie un effort physique pour se déplacer. Si vous voulez des chiffres, en voici : l'Institut national de santé publique estime, dans son rapport de 2008 intitulé « Estimation des impacts sanitaires de la pollution atmosphérique au Québec » que la pollution est responsable de 1974 décès prématurés, 414 visites à l’urgence pour des problèmes respiratoires et 246 705 journées de symptômes d’asthme, annuellement. Une estimation conservatrice. Mais je suppose que l'INSPQ est aussi aux commandes de la religion environnementeuse?

andré-philippe coté - contre le tramway.jpg

L'indignation affichée par M.Bouchard n'est pas raisonnable. 1,5 milliards, amortis sur 20 ans comme l'a dit M.Labeaume, ça fait 75 millions par année. Comme l'a justement souligné un auditeur, quand il s'agit de mettre 400 millions sur un Colisée pour procurer du divertissement aux masses, c'est un judicieux investissement, mais quand il s'agit d'investir pour développer une offre de transport durable pourtant indispensable à la ville, rien ne va plus!

Nous avons également eu droit à une éloge fort impressionnante de l'automobile. Notre entertainer matinal ne mâchait pas ses mots pour exprimer son amour du char et de la libarté qu'il procure, tandis que selon ses dires, le transport en commun est un calvaire terrible, et le vélo est insignifiant puisqu'il ne sert que deux mois par année. J'aurais aimé qu'on me laisse la chance de lui dire que, pour les 3 mois par année où je ne prend pas le vélo, je ne voudrais pour rien au monde prendre l'automobile pour aller faire la file dans le trafic. Tant qu'à attendre dans la circulation, autant le faire sans stress, avec un livre à la main, et ne pas avoir à trouver un stationnement et déneiger une auto. Le transport en commun a plein d'avantages, mêmes individuels, qui sont tenus sous silence à l'émission Bouchard en parle car son but est manifestement de transmettre à son auditoire ses préjugés sur la supériorité de l'automobile. Cela aurait-il quelque chose à voir avec la forte présence de concessionnaires automobiles parmi les annonceurs de la station?

Ce qui est crucial pour le développement durable, c'est de modifier les comportements de masse, ce que l'animateur n'encourage pas du tout avec sa démagogie individualiste. Aucune nuance dans son discours, tout est démesure. Est-ce ainsi qu'on informe les gens? Qu'on nourrit l'esprit critique? Qu'on stimule le débat public? Je n'écoute que rarement la radio poubelle, je l'ai syntonisée ce matin là uniquement parce que je me doutais que le maire y ferait une apparition. Mais si c'est ce genre de discours primaire qui remplit les oreilles de milliers de citadins chaque matin, le groupe de travail sur la mobilité durable aura tout un travail à faire pour nous affranchir des préjugés. Québec a, d'ailleurs, du retard à rattraper par rapport à la 4e ville en importance au Québec. Selon les dernières données disponibles, à Gatineau, 300 000 habitants, 15% de la population utilise le transport en commun pour se rendre au travail, comparativement à 12% à Québec, qui compte 750 000 habitants (voir la figure ci-dessous).

J'invite tout le monde à consulter la proposition de plan de mobilité durable. On y fait un constat assez lucide de la situation, et des suggestions intéressantes.

 

partmodale.jpg

2009.07.14

Implications de la notion de durabilité

En réponse à une relative prise de conscience aux conséquences écologiques de l'économie, la durabilité est un concept devenant de plus en plus mainstream. Parrallèlement, en réponse à l'apparition dans le paysage de la culture de masse de l'intérêt pour l'environnement, les marketers y voient l'ouverture d'un nouveau marché cible. Si bien que les termes environnement et développement durable se hissent de plus en plus haut dans les énoncés de priorités de la plupart des compagnies, institutions, gouvernements et partis politiques de ce monde, la plupart du temps utilisant comme excuse de bien maigres changements pour rendre leurs pratiques légèrement moins sales.

Face it: c'est pas parce qu'on gaspille ou pollue un tout petit peu moins (ex: les sacs jetables biodégradables) que l'on est pour autant devenu "vert" ou "durable". Je ne veux pas me lancer dans une couverture du greenwashing mais plutôt discuter de ce qu'implique la notion de durabilité.

Le contenu que je présenterai ici est inspiré d'un essai intitulé "Five axioms of sustainability" du prolifique auteur Richard Heinberg, qui a une vision selon moi assez complète et lucide de l'économie des ressources.

Le concept de soutenabilité a d'abord vu le jour en occident pour s'appliquer dans des situations d'exploitation de ressources renouvelables à petite échelle, à des moments où on s'est rendu compte que pour que l'exploitation ait une continuité soutenable, il fallait ajuster le rythme d'extraction à celui du renouvellement.

La notion de durabilité s'est ensuite largement répendue avec le rapport Brundtland de la Commission Mondiale sur l'Environnement et le Développement. Ce rapport a défini le concept de développement durable comme "du développement qui répond aux besoin de la génération présente sans compromettre l'habilité des générations futures de répondre à leurs propres besoins". À noter que la première partie de cette définition fait référence à une réponse adéquate aux besoins actuels, de sorte que le développement durable défini ainsi implique un certain niveau de bien-être, d'équité et de justice dans la société d'aujourd'hui! Cette définition, quoique habile, est quand même vague et inquantifiable. Par exemple, on peut comprendre qu'avec une croissance actuelle de la consommation des ressources non renouvelables de la planète ainsi qu'une croissance démographique ne pourront pas être maintenues indéfiniment.

Le concept d'empreinte écologique est venue en 1992 avec l'écologiste canadien William Rees. Il fait référence à la superficie de terre et d'eau dont une population (ou même une personne) aurait hypothétiquement besoin pour fournir les ressources nécessaires à son support et à l'absorption de ses extrants, en fonction de la technologie en vigueur. En d'autres termes, c'est la quantité théorique d'espace planétaire utilisée par un ou des humains, dépendamment de leur niveau de consommation et de technologie. Cela implique que pour que l'économie de humanité soit durable, son empreinte écologique doit être égale ou inférieure à ce qui est disponible sur la planète. Le réseau Footprint Network calcule que l'empreinte écologique de l'humanité est en ce moment 23% plus grand que ce que la planète est capable de regénérer. Comment peut-on consommer plus que ce qui est disponible sur la planète? Direz-vous... Il ne faut pas oublier que la notion d'empreinte écologique implique la production soutenue (maintenue dans le temps) par la superficie donnée, ainsi que l'absorption des déchets et polluants. C'est donc dire qu'en ce moment, nous extractons les ressources de la planète plus rapidement qu'elles ne peuvent se renouveler, et nous accumulons les polluants beaucoup plus rapidement qu'ils sont absorbés.

Richard Heinberg a fait un travail remarquable d'essayer de clarifier la notion de soutenabilité, ou du moins d'en suggérer des critères, sous forme de cinq axiomes. Il a fait l'effort de tenir compte des définitions précédentes de la soutenabilité, ainsi que de leurs critiques. En outre, ses critères sont les suivants:

  • Être vérifiable par la méthodologie de la science;
  • Minimaliser les axiomes et éviter les redondances;
  • Que les axiomes soient suffisants et qu'ils ne laissent pas de "trous";
  • Qu'ils soient énoncés en termes simples, clairs et compréhensibles

Axiome 1: La croissance démographique et la croissance du niveau de consommation des ressources ne peuvent pas être soutenues indéfiniment.
La croissance a été soutenue jusqu'à maintenant. Pendant combien de temps encore pourrait-elle l'être? Même le plus petit taux de croissance, avec le temps, se traduit en taille astronomique de croissance et de population. Une croissance démographique annuelle de 1% équivaut à un dédoublement de la population chaque 70 ans, de sorte qu'on serait plus de 13,5 milliards en 2075, 27 milliards en 2150 et en 3000 nous serions 130 000 millions. 50 ans plus tard, il y aurait en moyenne un être humain par mêtre carré de la surface terrestre, incluant les montagnes et les déserts.

Axiome 2: Une société qui continue d'utiliser des ressources critiques de façon insoutenable va tôt ou tard s'effondrer.
L'exception à ça est qu'une société peut éviter l'effondrement en trouvant des ressources de remplacement.
Mais il y a une limite à l'exception dans un monde fini (aux ressources limitées), le nombre de remplacements possibles est aussi limité
Dans The collapse of complex societies, Joseph Tainter argumente que l'effondrement est une fatalité fréquente des sociétés complexes. L'effondrement est directement relié à la diminution des retours sur les efforts mis à supporter la croissance avec de l'énergie extrasomatique. D'autres auteurs étudiant les sociétés passées font état de ce que l'effondrement est le résultat commun des sociétés qui ignorent les contraintes de ressources.
Certains croient que les ressources sont substituables à l'infini, et qu'on n'aurait jamais à faire face à un épuisement, même en maintenant une croissance du niveau de consommation!
Les sociétés tendent à utiliser d'abord les substituts qui sont de valeurs supérieure et faciles à récolter, et au fur et à mesure qu'elles passent au travers, doivent dépendre de substituts de plus en plus inférieurs et difficiles à récolter.

Axiome 3: Pour être soutenable, l'extraction des ressources renouvelables doivent être ajustée à un niveau égal ou inférieur à celui du renouvellement naturel (ou assisté). En d'autres mots, consommer les ressources moins vite qu'elles ne se regénèrent. Le taux de regénération naturel n'est peut-être pas évident à déterminer, mais quand le stock de base diminue, on peut être certain que sa consommation est trop élevée. Même si le stock en question baisse à cause de facteurs naturels, le maintient de la pérénnité de cette ressource nécessite que l'on en laisse assez pour que sa destruction-consommation soit balancée avec sa regénération.

Ce que ça implique, c'est que pour avoir un maximum de ressources disponibles pour "créer les richesses" à long terme, il faut atteindre un niveau optimum d'extraction soutenable des écosystèmes productifs (forêts, stocks de poissons, terres agricoles) Pour avoir le meilleur possible taux d'extraction soutenable, il faut donc avoir le meilleur taux de regénération possible des ressources naturelles, et pour ce faire il faut maximiser le capital naturel, c'est à dire maintenir les stocks les plus gros possibles d'écosystèmes productifs, exploités de façon soutenable, c'est à dire "pas plus vite qu'ils ne se regénèrent". Voilà pourquoi le façon d'optimiser la prospérité à long terme de la civilisation est d'ajuster radicalement et immédiatement notre niveau de consommation des ressources et se mettre en mode soutenable. L'autre chose que nous avons à notre disposition est la regénération assistée des écosystèmes. En prenant soins et en faisant un aménagement intelligent de nos écosystèmes productifs, nous maximiserons la création de richesses, et c'est la solution proposée par la permaculture.

Axiome 4: Pour être soutebable, la consommation d'une ressource non-renouvelables doit être en décroissance constante (soutenue), et leur taux de décroissance doit être égal au taux d'épuisement de la ressources. C'est le seul moyen d'éviter indéfiniment de se retrouver à bout de ressources, ou en période de crise d'approvisionnement parce que les sources sont de moins en moins facilement et économiquement récoltables.

Maintenant, du moment que l'on adopte ce protocole de maintient de ressource renouvelable, celà signifie que le taux de décroissance de l'extraction de ressource devrait en principe rester constant: si on ajuste la quantité extraite à la même proportion que l'extraction a affecté la ressource, l'extraction au cycle suivant affectera l'épuisement dans la même proportion. De sorte que pour rendre le tout plus facile, encore une fois le meilleur moyen est d'adopter immédiatement un protocole de consommation soutenable, parce que pour bénéficier d'un taux de décroissance de l'extraction le plus bas possible, il faut partir avec un stock de ressource le plus haut possible. Plus on attend, et plus le taux de croissance que nous devrons nous imposer pour maintenir nos ressources.

Axiome 5: La soutenabilité nécessite que les extrants (polluants) introduits adns l'environnement par les activités humaines soient minimisés et rendus inoffensifs aux fonctions de la biosphère. Autrement dit, diminuer la pollution jusqu'à la capacité d'absorption, qui est à l'équilibre quand il n'y a pas de dommage.

Dans les cas où la pollution dûe à l'extraction d'une ressource non-renouvelable qui a connu une grosse croissance pendant un certain temps menace la viabilité d'écosystèmes, la réduction dans les taux d'extraction et la consommation de ces ressources peut devoir être supérieure au taux d'épuisement. Normalement, si la consommation d'une ressource est faite au taux soutenable, sa pollution devrait également être en décroissance. Cependant, quand le niveau de pollution est tel qu'il détruit les écosystèmes de façon chronique, les mesures à prendre doivent être radicales puisque nous épuisons trop rapidement ces autres ressources. Cette réalité s'applique particulièrement dans le cas du charbon. Puisque ses réserves connues sont encore énormes, ajuster la décroissance de l'extraction au taux d'épuisement entraînerait quand même probablement une catastrophe climatique. Si l'on veut éviter les conséquences menaçant nos écosystèmes, la réduction des émissions du charbon doivent être importante, de sorte qu'il serait peut-être nécessaire que les réductions annuelles de l'extraction du charbon soient également plus importantes.

En conclusion: des empires se sont effondrés. L'empire actuel de corporatocratie mondialisée ne porte aucune attention sérieuse à ses contraintes de ressources: elle abuse, gaspille, pille, . Plus que jamais, l'infrastructure économique entière de cet empire est dépendante d'une abondance temporaire d'énergie fossile. Le mieux qu'on peut faire ce ne serait pas d'essayer de raisonner l'empire, ralentir le crash, et se préparer à faire la transition vers le prochain paradigme de l'humanité?

2009.03.17

à lire absolument

http://www.gaiapresse.ca/fr/analyses/index.php?id=94

Sortir l’écologie des mouvements écologiques et environnementaux! De l’écologie à l’écoumène

09 mars 2009

Par Roméo Bouchard
Coordonnateur de la Coalition pour un Québec des Régions

 

On est écologiste ou environnementaliste comme on est féministe, nationaliste, créationniste ou gauchiste! C’est à dire rêveur, marginal, sectaire ou unilatéral. C’est bien sûr le jeu de ceux qui préfèrent distribuer des étiquettes plutôt que remettre en question leur pratique. Mais c’est aussi la faute des militants environnementalistes qui continuent encore trop souvent à dissocier les problèmes écologiques des problèmes économiques, sociaux et démocratiques.


La crise, une opportunité de repositionner l’écologie

La crise financière et économique actuelle nous fournit peut-être l’occasion de rompre cet isolement qui mine la crédibilité du mouvement écologique et l’empêche de contribuer au changement comme il le pourrait et le devrait.

En effet, le système financier et économique qui s’effondre n’est rien d’autre qu’une vaste entreprise de colonisation de la planète par une poignée de multinationales visant à piller ses ressources par-delà les frontières et les peuples pour enrichir le plus rapidement possible une poignée de grands actionnaires anonymes. Comment les riches détruisent la planète, écrit si justement Hervé Kempf. 

Ce système colonial repose sur trois axes complémentaires qui ont tous un lien direct avec l’équilibre des écosystèmes et la gestion de l’écoumène, notre « maison commune », la petite planète Terre.


Trois dogmes destructeurs

Le premier axe, le dogme de la croissance illimitée, implique un pillage sans précédent de l’ensemble des ressources et des peuples de la planète, sans égard pour leur caractère limité, pour répondre aux besoins vitaux de populations de plus en plus nombreuses et évoluées. C’est une économie irresponsable et suicidaire pour la planète et l’espèce humaine.

Le second axe, le dogme de la productivité, s’établit sur la concentration des opérations, une délocalisation systématique de la production et une standardisation non moins systématique de la consommation, sans égard pour le rapport vital et souverain des collectivités à leur territoire. Le cercle infernal de cette économie apatride, qui va de la production au plus bas prix aux dividendes les plus élevés, en passant par la consommation maximale stimulée par une publicité débridée et un crédit illimité, conduit inexorablement au saccage des territoires et de l’identité des peuples.

Le troisième axe, le dogme de la privatisation et du libre marché, s’appuie sur le transfert systématique du pouvoir de l’État et du citoyen aux dirigeants économiques et au marché libre, seuls capables d’assurer la richesse collective, sans égard pour la souveraineté du peuple et son droit absolu de se gouverner et de contrôler son milieu de vie. Le marché et le consommateur se substituent ainsi à la démocratie, au citoyen et au bien commun.


Réformer le système

De Nicolas Sarkozy à Barack Obama, le discours est le même : il faut réformer le système financier et s’attaquer aux causes qui ont provoqué la crise de façon à en éviter la répétition. Hervé Kempf va plus loin : pour sauver la planète, sortez du capitalisme. Les écologistes en profitent pour rappliquer avec leur programme habituel : pour sortir de la crise, investir dans les énergies vertes, les transports en commun, les habitations vertes, la bourse du carbone. Québec solidaire va un peu plus loin : investir dans l’économie sociale.

Comme si la crise n’était qu’un accident de parcours et si la vie allait reprendre son cours normal à plus ou moins court terme. Comme si l’impasse écologique et sociale n’existeront plus si jamais on arrive à rescaper le système financier. Comme si l’écologie ne devait pas être au cœur d’une incontournable redéfinition de l’économie elle-même, de la gestion des territoires et de la restauration de la démocratie.

En fait, c’est toute notre société qu’il faut rebâtir  sur des bases démocratiques, écologiques et sociales.


Éco-logie et  éco-nomie

Économie et écologie, étymologiquement, réfèrent tous deux à la gestion de la « maison commune » (oixos), l’écoumène, la terre habitée, notre habitat commun et unique, cette petite planète bleue qui nous est apparue si fragile et improbable du haut de l’espace. Comment assurer notre survie et notre épanouissement à tous en utilisant ses ressources, sans mettre en danger l’équilibre fragile de ses écosystèmes? En ce sens, économie et écologie ne devraient pas s’opposer mais se fondre. Un développement économique qui va à l’encontre de l’écologie ne peut conduire qu’à une impasse, et une action écologique qui ne passe pas par l’économie est condamnée à demeurer une croisade morale et à rester marginale.

Il faut redéfinir l’économie en fonction des possibilités de notre planète, des équilibres de ses écosystèmes et des besoins vitaux de tous les peuples, ce qui signifie privilégier un nouveau mode de vie et un nouvel ordre politique mondial. Ce nouvel ordre mondial va bien au-delà de ce que les écologistes définissent comme économie verte, et surtout, de ce que les dirigeants économiques et politiques appellent le « développement durable », en prenant bien soin de préciser qu’il s’agit, selon eux,  d’un « équilibre » entre la croissance économique, la paix sociale et la protection de l’environnement, ce qui est une autre façon d’assurer la « durabilité de leurs entreprises et de leurs profits », sans remettre en question le dogme de la croissance illimitée et de la compétition sauvage qu’elle entraîne.  Il s’agit, au contraire, d’assujettir l’efficacité et la « croissance » économique au respect inconditionnel de la capacité de support des écosystèmes et à la satisfaction des besoins essentiel de tous. En d’autres mots, une économie et un développement responsable, responsable de l’écoumène.

L’objectif de la révolution économique qu’exige la crise actuelle va donc bien au-delà d’une révision des règles du marché. En plus de rétablir la juridiction du politique sur l’économie, il faut redéfinir les finalités même de l’économie.

 

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2009.02.03

Vive la croissance!

Sites non conformes 
Risque de multiplication des dépotoirs clandestins
Agence QMI  
Dominique Salgado
03/02/2009 08h16  
© Corbis

Le problème de dépotoirs clandestins risque de s’aggraver au Québec puisque de nombreux sites d’enfouissement, désuets et polluants, ne répondent plus aux nouvelles normes environnementales. Seulement sur la Côte-Nord, on évalue à 400 le nombre de sites illégaux entre Tadoussac et Blanc-Sablon.

Ainsi, les municipalités du Québec avaient jusqu’au 19 janvier 2009 pour répondre aux nouvelles normes du Règlement sur l’enfouissement et l’incinération des matières résiduelles (REIMR) du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs. Cette réglementation oblige maintenant le traitement des eaux s’écoulant d’un dépotoir (le lixiviat) et le captage des gaz de décomposition des déchets (le biogaz). Ce sont d’ailleurs les deux principales façons dont les dépotoirs peuvent contaminer l’air et l’eau environnants.
L’inaction des municipalités 

«Depuis la mi-janvier, ici, huit sites d’enfouissement qui n’étaient pas conformes aux nouvelles normes ont été fermés, et ce, sur une douzaine. La problématique est importante puisque ceci incitera les citoyens à se départir de leurs déchets de façon illégale», indique Sébastien Caron, directeur du Conseil régional de l’environnement de la Côte-Nord qui dénonce l’inaction des municipalités dans ce dossier.
Dans un mémoire déposé en février 2008, RÉSEAU environnement (qui regroupe 400 entreprises et 200 municipalités) pointe du doigt Québec et indique que le gouvernement du Québec n’a pas mis assez d’efforts au niveau de la réduction à la source des matières résiduelles, alors qu’il en a la responsabilité. 

Bien qu’une certaine volonté avait été manifestée, certains environnementalistes déplorent que le gouvernement n’ait pas donné suite à ses engagements financiers sur dix ans. Ainsi, un peu plus de 22 M$ ont été investis en province alors que Québec prévoyait octroyer une centaine de millions de dollars dans le cadre de sa Politique québécoise de gestion des matières résiduelles 1998-2008.


source: http://www2.canoe.com/infos/environnement/archives/2009/02/20090203-081649.html

C'est drôle, c'est trop comme dans le vidéo de Stéphane Groleau, "La dompe"! J'le met directement ici pour votre bonheur à tous:

Crédit Stéphane Groleau, les Globules Verts

2008.12.23

La Plan de gestion des matiàres résiduelles...

Excellent article aujourd'hui dans le Devoir à propose de la gestion des matières résiduelles, à lire absolument pour quiconque s'intéresse à l'enjeu:

Le Québec et ses déchets - À l'heure des comptes

L'auteur mentionne d'ailleurs le fait que le compostage des résidus domestique est important pour retourner la matière organique à la terre. C'est effectivement une problématique qui prendra de plus en plus d'importance, car le modèle agroalimentaire actuel semble peu se préoccuper de restituer la matière organique aux sols agricoles, alors que c'est pourtant un gage de fertilité important.

Il est intéressant de noter que, contrairement à l'ensemble de la province qui connaît un cuisant échec dans l'atteinte des objectifs de ce plan (élaboré il y a 10 ans), la municipalité de Vaudreuil-Solanges aurait prétendument dépassé ces objectifs.

2008.12.18

L'industrie Québécoise du recyclage en crise

Les municipalités sonnent l'alarme

« La Fédération québécoise des municipalités (FQM) se demande si le modèle québécois de gestion des matières recyclables pourra survivre à la récession mondiale.

Depuis des mois, des matières comme le papier, le verre ou le métal s'entassent dans les cours des centres de tri. La plupart des marchés se sont effondrés avec la crise économique mondiale.

Au Québec, la plupart des centres de tri vendent leurs matériaux sur les marchés des pays émergents, notamment en Asie, où les prix ont chuté de manière importante au cours des derniers mois.

Si les centres disparaissent, ce sont des montagnes de nouveaux déchets qui seront acheminées vers des sites d'enfouissement, souvent aménagés à grands frais par les municipalités.

Améliorer le recyclage

Pour sauver l'industrie du recyclage, le président de la FQM croit que Québec doit investir dans la qualité du tri. Selon Bernard Généreux, les centres de tri québécois n'arrivent pas à percer le marché canadien en raison de la piètre qualité de leur production.

L'organisme croit que le gouvernement doit investir pour affiner les technologies de traitement, mais aussi pour mettre en place une campagne de sensibilisation sur le recyclage afin d'améliorer le tri à la source. »

Des millions de tonnes de ressources valorisables vont être gaspillées parce que le monde sont pas foutus de faire leur récup comme du monde. Le plan de gestion des matières résiduelles a été lancé en 1998. Recyc-Québec et les municipalités ont eu 10 ans pour dompter le monde. Ça a pas l'air d'avoir marché...

2008.12.16

Le coût social de l'automobile

La production et la consommation génère des coûts privés et des coûts externes. Le coût externe est une conséquence négative assumée par quelqu'un d'autre (voire l'ensemble de la société) découlant de la production ou la consommation d'un bien. La somme des coûts privé et externe est le coût social.

Un coût externe peut être une perte de temps ou d'efficacité, une dégradation de l'environnement et de la santé d'autrui, l'épuisement d'une ressource, l'endommagement d'infrastructures, la perte de biodiversité, une baisse de la valeur de propriétés, etc. Il est souvent difficile d'exprimer un coût externe en argent. Puisque ces coûts externes ne sont pas naturellement inclus dans la détermination des prix du marché, ces prix ne réflètent pas adéquatement les coûts reliés à la production des richesses: le prix du bien est basé sur son coût privé et non pas de son coût social. Les biens sont vendus en deça de leur coût réel, déformant l'équilibre de marché: c'est l'efficacité économique.

C'est pourquoi l'intervention de l'état est nécessaire,pour tenter d'ajuster le prix de biens ou d'activités économiques de sorte qu'elles représentent davantage la réalité de leur bénéfices et coûts.

L'automobile a des coûts énormes, non seulement en ressources pour leur fabrication, mais aussi en énergie pour leur utilisation, en dégradation de la santé publique par leur pollution, en temps public pour la congestion, en espace urbain pour leur entreposage et en dépenses publiques pour l'entretien des rues. Tous ces coûts ne sont pas assumés (subis) par les seuls utilisateurs des automobiles mais par la société au grand complet. Les automobiles mobilisent les rues de nos villes, ou plutôt les immobilisent, au seul bénéfice de leurs conducteurs et au détriment (ralentissement, intoxication) de tous les autres usagers du système de transports: piétons, cyclistes, utilisateurs collectifs. Ces derniers, qui font une utilisation plus efficace de nos voies, réduisent le nombre d'automobiles en circulation, au bénéfice de tous. Et il y en a encore pour se plaindre que leurs taxes contribuent à financer le transport en commun.

Nous devons améliorer et rendre plus efficace notre économie. Nos transports sont innefficaces. Au Québec, nos deux principaux centres urbains, totalisant jusqu'à un bassin de 4 millions de personnes, sont répartis sur une bande de 200km qui abrite d'autres centre urbains important (Trois-Rivière, Shawinigain, Drummondville, etc).
Chaque jour des milliers de passagers voyagent ces distances seuls dans une auto. Le carburant coûte cher, la congestion rend les centre-villes difficilement accessibles, les stationnement coûtent cher, en plus d'être un gaspillage d'espace urbain. Un automobiliste pourrait avoir une surprise intéressante en faisant l'exercice suivant:

1. Compter la distance parcourue
2. Compter la somme totale investie dans l'automobile chaque année (essence, immobilisation/location, entretien). Multiplier ce total par son salaire horaire (h). 
3. Calculer le nombre d'heures consacrées aux déplacements en voiture, incluant le temps de trouver un stationnement, et le déneigement (h).
4. Additionner 1 et 2 pour obtenir le nombre d'heures totales consacrées à l'utilisation de l'automobile.
5. Diviser la distance parcourue par heures consacrées, cous obtenez la vitesse réelle que l'automobile vous procure.
6. Le curieux qui veut aller plus loin pourra s'aventurer à s'imaginer le résultat de ce calcul appliqué aux déplacements en transport collectif et en bicyclette.

Pour compenser les coûts et l'inefficacité de l'automobile, de plus en plus de gens pratiquent le covoiturage, ce qui est plus efficace mais insuffisant. Les autobus interurbains sont souvent pleins entre les grands centres, malgré leur lenteur et leurs tarifs prohibitifs. Je connais une multitude de gens qui font l'aller-retour Québec-Montréal de façon hebdomadaire. Le plupart se donnent le trouble de courir après les passagers et conduire tout le trajet, courir les conducteurs sur les réseaux de covoiturage ou de payer 80$ pour l'autobus qui prend 3 heures. Tout le monde est d'accord qu'il serait vraiment temps qu'on aie un TGV.BikeEnergyEfficiency.gif

Nous avons besoin d'un système de transport efficace: rapide et convivial pour tous, dans lequel nous n'aurons pas à mettre plusieurs milliers de $ par année chacun.

Un TGV reliant Québec, Trois-Rivières et Montréal épargnerait des milliers et des milliers de tonnes déplacements quotidiens de carrosseries vides et inefficaces. Le trajet se fera en une heure, ne coûtera pas une fortune et procurera aux gens du confort et l'occasion de passer leur temps plus utilement qu'à conduire une voiture vide.
Des systèmes d'autobus améliorés devront servir les villes, et Québec a imminement besoin d'un skytrain comme à Vancouver: rapide et efficace. Il pourra soutenir le développement de la grande région métropolitaine de Québec et augmentant grandement l'efficacité de transports, ainsi les banlieusards pourront faire leurs déplacements quotidiens rapidement, et en consacrant leur temps de transport à lire ou à pitonner.

Par la réduction de la présence de la voiture, la qualité de vie de nos villes sera décuplée. Moins de bruit, moins de stress, moins de danger, on pourra se déplacer rapidement sans attendre dans le traffic. Le transport cycliste pourra prendre en ampleur avec des pistes cyclables efficaces logistiquement, pour un gain supplémentaire en santé publique.
Le gouvernement est à la recherche de projets mobilisateurs, pour stimuler l'économie, la rendre plus durable et efficace.
Notre industrie automobile est en train de mourir à ne pas savoir répondre aux besoins de transport de notre société. Nous devons faire la conversion de notre système actuel lourd et gaspilleur pour un système efficace énergétiquement et logistiquement.
Nous devons consacrer notre espace urbain aux choses importantes pour ses habitants: des espaces publics, des logements, des commerces, des parcs. Pas des parkings.

Le chemin est pavé de solutions que nous pouvons entreprendre maintenant. Voilà un exemple de vraie richesse collective que nous pourrions créer en nous donnant les moyens. Engagez les logisticiens, les urbanistes et les économistes, mobilisez l'industrie des transports, qu'il se mettent au travail pour réaliser ce progrès important dans l'aménagement de nos collectivités et la gestion de nos déplacements. Nous devons investir dans une nouvelle économie efficace et durable.

J'ai hâte que nous évoluions au-delà de cette culture du plein-la-vue et d'effort moins-que-minimum, où il faut que nous ayons chacun notre gros char pour ne pas marcher et bien paraître. Que nous cherchions à mettre fin au gaspillage de ressources et au fatalisme de « on fait ça comme ça parce que c'est comme ça que ça marche, ça serait trop compliqué de changer ». Utilisons notre potentiel pour faire mieux.