Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

2010.01.19

"plus de réchauffement depuis 1998"?

Une nouvelle analyse par Hansen et al, de la Columbia University, vient éclaircir la confusion qui court sur la tendence de température planétaire de la dernière décennie. ClimateScienceWatch en fait d'ailleurs un excellent compte-rendu.
Selon les dernières données de la NASA, 2009 fut la 2e année la plus chaude depuis les 130 dernières années (ça fait 130 ans que l'on prend les températures globales instrumentalement). 2005 était l'année la plus chaude, suivie de près par 1998 et 2009.

On ne doit pas se fier aux seules températures moyennes annuelles pour dégager les tendances. Beaucoup de phénomènes climatiques sont cycliques à court terme, comme les courants El Nino et La Nina, ainsi que la variabilité solaire. Quand on utilise les moyennes sur 11 ans pour minimiser l'effet de la variabilité solaire, la tendance est clairement à la hausse.

Il y a ici une forte contradiction avec la croyance populaire, de plus en plus répandue, comme quoi il n'y a plus de réchauffement depuis 1998, voir nous serions en période de refroidissement. Selon les méthodes d'un centre de recherche, 1998 était effectivement l'année la plus chaude. Mais c'était uniquement un peak temporaire dans la variabilité à court terme, ce qui n'empêche pas que la tendance à moyen terme soit à la hausse, contrairement à ce que certains essaient de nous faire croire par de la rhétorique douteuse.

Les négationnistes récupèrent souvent les anomalies froides en les brandissant comme preuve qu'il n'y a pas de réchauffement, et "qu'ils ont changé de nom pour les changements climatiques parce que le réchauffement ne tient pas debout". Encore une fois, c'est de l'abus de rhétorique louche. Les changements climatiques sont l'expression locale du réchauffement, qui est un phénomène de moyenne planétaire. Que la température moyenne planétaire augmente d'un degré ne veut pas dire qu'il fait uniformément un degré de plus partout sur la planète! La distribution de l'excès de chaleur engendré par l'effet de serre est inégale, et vient déstabiliser des phénomènes climatiques commes les courants d'eau et d'air, ce qui a des répercussions erratiques un peu partout. Les changements climatiques sont directement tributaire du réchauffement global, mais ce sont deux réalités distinctes.

Qu'il fasse exceptionnellement froid, même pendant de longues périodes, dans certaines régions pourrait tout autant être récupéré comme preuve d'un climat de plus en plus chaotique, si on voulait utiliser la même logique que les négationnistes à des fins propagandistes. Si l'anomalie de température est à la baisse dans certaines régions, elle est à la hausse dans plusieurs autres! Particulièrement aux pôles. Par exemple, en décembre dernier, l'anomalie était de -8°C en Sibérie, tandis que celle en Arctique était de +7°C. Le changement dans l'anomalie de température globale basée sur la moyenne sur 5 ans était de +0,2°C dans la dernière décennie, nous sommes donc en présence d'un réchauffement global.

Ce graphique illustre bien le phénomène. Cet été, nous avons connu en Amérique du nord un été anormalement froid, alors que la majeure partie de la planète a été anormalement chaude. Ça contribue peut-être au fait que les Américains et les Canadiens "croient" moins au réchauffement global que le reste du monde?


Une autre croyance qui se répend est que le CO2 d’origine humaine ne représente qu’un faible pourcentage (3 %) des émissions de CO2 totales. À côté de cela, les océans et les forêts contribuent respectivement pour 40 % et 57 % du CO2 émis. C'est sans doute vrai, mais cela ne veut pas dire que l'activité humaine est insignifiante, parce que ces écosystèmes ne font pas que de la respiration, ils font également de la photosynthèse et ainsi réabsorbent le CO2, si bien que leurs émissions nettes sont carrément positives! Les humains, eux, ne font que très peu de fixation de carbone, et à mesure que les écosystèmes naturels sont détruits, leur capacité d'absorption réduit! Ces graphiques, gracieuseté de skeptical science, expliquent bien la supercherie visuellement:

L'argument "sceptique":


Quand on n'ignore pas volontairement des données cruciales:


Ce servir de ces chiffres pour tenter de convaincre les autres que l'activité humaine n'a pas d'impact significatif sur l'effet de serre est de la manipulation malhonnête.

Je suis d'accord que les climatologues ne sont peut-être pas blancs comme neige. Mais dans le cas des négationnistes, il n'y a aucun doute qu'ils sont manipulateurs, et qu'ils n'hésitent pas à avoir recours au mensonge dans leur propagande de désinformation. Prendre des décisions en société requiert que les gens soient informés et conscients, et le mouvement "climato-sceptique" ne fait que semer la confusion, forcant les scientifiques à perdre leur temps dans d'éternels combats avec des ignares et des tentatives maladroites de convaincre l'opinion publique, alors que nous pourrions avoir un dialogue honnête et constructif sur la validité de la recherche climatique et les actions à prendre.

2009.01.03

Le scepticisme climatique

J'entend souvent parler des "sceptiques du climat", ces scientifiques qui s'opposent à la théorie selon laquelle les changements climatiques rapides que nous vivons sont dûs principalement aux activités industrielles, brandie par le GIEC. Le plus gros coup d'éclat récent de ces sceptiques est le rapport du comité sénatorial américain selon lequel 650 scientifiques s'opposent à la théorie de l'origine anthropique des changements climatiques.

Intéressé à connaître la vérité, j'ai porté une attention particulière à ces "sceptiques". D'abord, j'ai tenté de trouver quels étaient leurs arguments et quels sont leurs motifs pour s'opposer si farouchement à des organisation scientifiques majeures. Au niveau des arguments, ça se résume pas mal à « la science climatique est inexacte » et « le climat change naturellement de toute façon ». J'ai été déçu, j'aurais bien aimé que les négationnistes aient raison. Les motifs mis de l'avant (pour s'opposer au GIEC) sont principalement « la recherche de vérité » et « ça coûterait trop cher de réduire notre output de GES ». En regardant plus en détails, les scientifiques derrière ces affirmations ne sont pas tous climatologues ni météorologues, beaucoup sont ingénieurs ou ont quelconque formation scientifique non reliée au climat, j'ai donc fortement l'impression qu'ils gonflent leur nombre en recrutant des scientifiques dont l'expertise a peu de poids dans le débat. Et après avoir fouillé pas mal les sources sur le sujet, je trouve que les négationnistes sont plus marginals qu'il le laissent paraître. La page de wikipédia à ce sujet est assez informative.

J'aimerais bien croire que les "sceptiques" sont plus animés par une recherche de vérité qu'autre chose, mais plus je lis leurs articles et documents et moins je le crois. Une des organisation les plus imposantes est l'International Climate Science Coalition, évidemment fondée pour s'opposer au GIEC. En jetant un coup d'oeil sur leur site web, on constate que le contenu est plutôt une réthorique démagogique plutôt qu'un langage scientifique objectif (auquel je m'attendrais de la part d'une organisation scientifique sérieuse). On se croirait sur le site d'un parti politique en campagne. Ensuite, la montée des sceptiques a curieusement coïncidé avec des investissement massifs dans la campagne négationniste. Beaucoup d'instituts économiques conservateurs, d'associations d'industriels, et de think-thanks d'entreprises financent abondamment les scientifiques dissidents. On peut trouver une documentation abondante à ce sujet, le seul bookmark que j'ai gardé lors de mes recherches est celui de SourceWatch. J'ai bien trouvé quelques vrais climatologues sceptiques qui ne semblaient pas biaisés, mais ils sont très peu nombreux, surtout comparés au nombre écrasant de climatologues en accord avec la théorie "officielle".

Généralement, les opinions dissidentes semblent fortement correlées à la peur de l'action. Les négationnistes mènent me semblent carrément mener une campagne de peur pour mettre l'opinion publique à dos des mesures prises pour stabiliser le climat. Il est déjà assz difficile de faire adopter par les politiciens des mesures modestes (comme Kyoto) AVEC l'appui de l'opnion public, si il faut que l'opinion publique soit contre, il n'y a plus aucun espoir.

On entend souvent que des mesures cherchant à diminuer nos émissions de GES "endommageraient l'économie". L'économie serait-elle une entité réelle et dommageable? Curieusement, ça ne correspond pas du tout à la conception de l'économie qu'on nous enseigne dans des cours d'économique à l'université. En effet, selon mon prof d'économie, l'économique serait plutôt la recherche de la façon optimale de répondre à nos besoins infinis avec nos ressources limitées. C'est drôle de voir que, alors que l'économique admet l'existence de limites de ressources, beaucoup n'hésitent pas à mettre de l'avant un nébuleux concept de dommage à l'économie pour nous convaincre d'ignorer des contraintes pour limiter le dégat à l'environnement (notre habitat et l'ensemble de nos ressources) que nous recommendent fortement les scientifiques.

Je trouvais curieux le fait que les négationnistes s'attaquent continuellement au GIEC et autres, mais que les partisans de la théorie de l'origine anthropique ne font jamais référence à leurs détracteurs. J'ai donc cherché un peu pour trouver des documents qui font référence aux deux clans. J'ai trouvé plusieurs articles fortement intéressants.

The Scientific Consensus on Climate Change, Naomi Oreskes

L'auteur fait une analyse exhaustive du consensus et de la dissidence au sein de la communauté scientifique.

The 928 papers were divided into six categories: explicit endorsement of the consensus position, evaluation of impacts, mitigation proposals, methods, paleoclimate analysis, and rejection of the consensus position. Of all the papers, 75% fell into the first three categories, either explicitly or implicitly accepting the consensus view; 25% dealt with methods or paleoclimate, taking no position on current anthropogenic climate change. Remarkably, none of the papers disagreed with the consensus position.

Climate science: Sceptical about bias, Richard Black

Some claim science itself is weighted against sceptical views. Of all the accusations made by the vociferous community of climate sceptics, surely the most damaging is that science itself is biased against them.

We're All Global Warmers Now, Ronald Bailey
Reconciling temperature trends that are all over the place

Anyone still holding onto the idea that there is no global warming ought to hang it up. All data sets—satellite, surface, and balloon—have been pointing to rising global temperatures. In fact, they all have had upward pointing arrows for nearly a decade, but now all of the data sets are in closer agreement due to some adjustments being published in three new articles in Science today.

Et finalement, mes trois meilleures trouvailles:

RealClimate.org

RealClimate is a commentary site on climate science by working climate scientists for the interested public and journalists. We aim to provide a quick response to developing stories and provide the context sometimes missing in mainstream commentary. The discussion here is restricted to scientific topics and will not get involved in any political or economic implications of the science.

Skeptical Science: Examining the science behind global warming skepticism

Scientific skepticism is a healthy thing. Scientists should always challenge themselves to expand their knowledge, improve their understanding and refine their theories. Yet this isn't what happens in global warming skepticism. Skeptics vigorously criticise any evidence that supports anthropogenic global warming and yet eagerly, even blindly embrace any argument, op-ed piece, blog or study that refutes global warming.

So this website gets skeptical about global warming skepticism. Do their arguments have any scientific basis? What does the peer reviewed scientific literature say?

Winning and Losing the Global Warming Debate Roger A. Pielke, Jr. et Daniel Sarewitz

Je suis pas d'accord à 100% avec tout cet article, mais il emmène un point extrêmement pertinent: que les changements climatiques soient d'origine humaine ou non, nous savons qu'ils arrivent. Le débat entre les deux clans attirent toute l'attention sur "devons nous ou non prendre des mesures pour lutter contre ces changements", et très peu d'attention est portée sur comment on s'adapte aux changements climatiques.climate.2008.142-i1.jpg

From the standpoint of the impacts of climate on humans and the environment, we are all losers. The global-warming debate has missed one of the most important aspects of the problem: Climate changes. In fact, the phrase "climate change" is redundant. A changing climate is an unchanging attribute of a dynamic Earth. Human-caused or not, these changes are likely to have impacts on society and the environment. Natural disasters, human health, biodiversity, endangered species, water resources, international trade, financial services, transportation networks, agriculture — virtually any area of human experience is in some way affected by climate. These impacts are occurring today, and they hold the prospect of increasing in the future. And for the most part, we are doing too little in response.

We are all losers because the global warming debate has focused almost exclusively on preventing climate change. And it has addressed greenhouse-gas emissions as the sole cause. But climate is only part of the cause of impacts, and greenhouse gases are only one potential cause of changes in climate.

(...)

Some say that a focus on adaptation might result in "every country for itself." It need not. The U.N. Framework Convention provides a mechanism through which the world's climate "winners" can help boost the resilience of the climate "losers." When climate does change, the distribution of winners and losers might also change, but shared assistance would persist.

These steps defy conventional wisdom. They are unlikely to be popular, given that the status quo sustains Cassandras and Dorothies alike. Unfortunately, in spite of the high moral rhetoric from both sides, the debate itself stands in the way of further progress. We need a third way to confront climate change, even if it means moving beyond now-comfortable positions held fast for many years.

Climate changes. Let's deal with it.

J'ai récemment eu une conversation avec un collègue étudiant. Je lui ai exposé les arguments négationnistes, et il a tout de suite répondu: « Mais qu'est-ce que ça fout même si c'était pas vrai? Ça a pas plus d'allure de gaspiller notre énergie à toute attendre dans le traffic tout seul dans notre char! »

Je trouve que ça a une ceraine sagesse assez lucide. En effet, même si c'était pas vrai que la société industrielle déstabilise le climat planétaire, même si c'était pas vrai que la pollution nous rend malade, ça n'a pas de sens de gaspiller nos ressources énergétiques dans un système de transport innefficace et pour obtenir du luxe superflu, de consacrer la moitié de la superficie des villes à faire circuler et parker les chars, de chauffer nos maisons à 25°C l'hiver et les refroidir à 20° l'été, et de crisser aux vidanges des tonnes de plastique chaque année juste pour transporter nos denrées. On a un sérieux problème de durabilité dans notre système. Il y a pas assez de ressources sur la planète pour que sa population vive avec la moitié du "niveau de vie" (de consommation) que nous avons.

En quelque part, le développement durable, ce n'est plus une question de nature, c'est une question de santé publique, de justice et de niveau de vie à long terme.