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2010.01.17

Affranchissons nous de l'automobile

smogcar.jpgL'automobile pourrait symboliser à elle seule la culture de l'excès et l'allocation inefficiente des ressources. Nos déplacements en zones urbaines et périurbaines sont beaucoup trop dépendants de ce véhicule, et nous gagnerions fortement à réaménager nos réseaux routiers, réorienter le développement de nos infrastructures, et faire des efforts individuels afin de s'affranchir de cette dépendance malsaine. Il paraît que le Québécois moyen est soumis à 32 heures par année de publicité vantant l'automobile. On nous fait miroiter qu'elle représente la liberté et le prestige. Elle nous permet d'aller où on veut, rapidement, et elle est le reflet de notre « classe sociale ». Certes, dans bien des situations, il est difficile de la remplacer. Mais est-elle vraiment si efficace et indispensable? Quel est le coût réel de cette liberté, qui justifie chez les automobilistes son recours systématique pour tous les déplacements? Sommes nous gagnants, collectivement, de l'utiliser autant? Je trouve que cette dépendance à l'automobile pose plusieurs problèmes.

L'automobile est incompaptible avec le développement durable, car elle est fortement associée à l'étalement urbain, consomme intensivement des ressources non-renouvelables, et engendre beaucoup de problèmes environnementaux. Le secteur des transports est responsable du tiers des émissions de gaz à effet de serre au Québec. Par ailleurs, les ressources nécessaires pour que chacun ait son véhicule d'une tonne sont très importantes, et l'allocation des ressources pourrait être beaucoup plus optimale.

L'utilisation massive de l'automobile dans les centres urbains pose un problème d'équité. Son usage génère énormément d'externalités. Une externalité est un coût ou une conséquence subie par un agent économique, provenant de la production ou la consommation d'un autre, sans qu'il n'y ait compensation. Or, la flotte automobile génère des conséquences négatives sur la qualité de vie et la santé publiques, par sa pollution (atmosphérique, visuelle et sonore) et ses accidents. En 2008, la SAAQ comptait plus de 5 300 cyclistes ou piétons victimes d'accidents de la route au Québec. La congestion créée par la flotte automobile nuit aux autres usagers du réseau routier. De plus, beaucoup d'espace urbain est sacrifié pour des stationnements et des voies de circulation doubles ou triples, alors que les autres formes de transports, plus efficients, souffrent souvent d'une insuffisance de réseaux routiers. Ainsi, le coût social, c'est-à-dire l'ensemble des coûts, incluant les externalités, de l'automobile, est supérieur au coût individuel assumé par ses usagers. L'automobile est un moyen de transport profondément individualiste, qui isole les usagers de la route les uns des autres et les positionne en compétition pour l'espace routier.

La surutilisation de l'automobile pose également des problèmes de santé publique. L'institut national de santé publique estime le coût annuel de la pollution atmosphérique à près de 2000 décès prématurés, plus de 400 visites à l'urgence pour des problèmes respiratoires, et près de 250 000 journées de symptômes d'asthme. En plus des problèmes de pollution, la congestion, le bruit et le danger générés par la flotte automobile est source de stress pour les citadins. Enfin, la voiture remplace des moyens de transports actifs comme la marche et le vélo, qui ont des effets bénéfiques sur la santé.

La dépendance à l'automobile pose des problèmes d'inefficacité économique. Des centaines de milliers de déplacements se font chaque jour en automobile dans chacune de nos grandes villes. Tirer une masse de une à deux tonnes pour déplacer une personne de 50 à 100 kg, soit environ 5% du poids total transporté, est inefficient énergétiquement. De plus, passé un certain seuil de densité automobile, il est impossible d'avoir une circulation fluide, les besoins en stationnement sont de plus en plus important, et les coûts deviennent de plus en plus élevé: c'est le phénomène économique des rendements décroissants. La solution réside dans la modification des infrastructures, de sorte à diminuer le coût unitaire (en espace et en énergie) et obtenir ainsi des économies d'échelle.

Une dépendance aussi forte à l'automobile que celle que nous connaissons est une impasse sociale, économique et écologique. Dans les régions urbaines et périurbaines, il est possible de répondre à nos besoins de déplacement de façon plus efficiente, avec moins de ressources, en utilisant une combinaison optimale de transports collectifs et de transports actifs. Cela libérerait des ressources qui pourraient être investies dans des activités économiques davantage utiles, et les habitants de nos villes s'en porteraient mieux grâce à une meilleure qualité de vie et un mode de vie plus actif.